
La ville de Casablanca a accueilli la deuxième édition du Forum de la société civile scientifique, réunissant centres de recherche et acteurs associatifs à l’initiative de la Menassat pour les recherches et études sociales. Cette rencontre s’inscrit dans un contexte marqué par la nécessité de repenser le rôle de la société civile scientifique et sa capacité à produire un impact réel sur les enjeux sociaux et de développement.
Dans son allocution d’ouverture, Aziz Mchouat, directeur de Menassat, a souligné que cette édition s’inscrit dans la continuité d’une dynamique amorcée lors du premier forum, ayant abouti à un rapport de référence sur les centres de recherche civils au Maroc. Il a insisté sur la nécessité de passer du diagnostic à l’action, en rappelant que si les centres produisent la connaissance, les associations constituent l’espace privilégié pour son application concrète. Il a également plaidé pour des partenariats stratégiques durables fondés sur la confiance et la complémentarité.
Les échanges ont mis en évidence plusieurs enjeux structurants. Abdelhadi Halhoul, président du Centre Atlas pour les recherches et études sociales, a insisté sur la question de la gouvernance, appelant à transformer la connaissance en ressource accessible et utile, tout en renforçant la transparence et les capacités internes des centres. Houssa Azaro, représentant de la Fondation Rouh Ajdir Atlas, a défendu une approche critique du rôle des centres de recherche, appelés non seulement à analyser mais aussi à transformer le réel, en produisant des connaissances pragmatiques orientées vers les politiques publiques.
La présentation d’une étude de Menassat sur les femmes, l’espace public et les libertés individuelles a constitué un temps fort. Cette recherche a été présentée par Jaafar Mehdi, chercheur principal à Menassat, qui a mis en évidence une évolution des représentations sociales, notamment chez les jeunes urbains, en faveur d’une plus grande acceptation de la présence des femmes dans l’espace public. Toutefois, cette acceptation reste conditionnée, tandis que le sentiment d’insécurité et le manque de confiance dans la protection juridique continuent d’affecter leur présence.
Les interventions des acteurs associatifs ont enrichi le débat. Malika El Maleh, présidente de l’Association « Ma Baynahoun », a souligné les limites de la liberté individuelle des femmes dans le cadre familial et l’importance de l’autonomie économique. Hassan Dafir, coordinateur général de l’Association Initiatives de formation et d’accompagnement des acteurs de proximité, a mis en avant les contradictions et la fragilité des transformations sociales. Wafaa El Fahsi, représentante de l’Association « Al Sayyida Al Horra », a pointé l’écart entre les textes juridiques et leur mise en œuvre effective, évoquant une « citoyenneté incomplète ».
De son coté, Amine Baha, président du Centre Batha pluridisciplinaire pour l’autonomisation des femmes, a insisté sur la nécessité de mieux articuler recherche et terrain, en valorisant les données produites par les associations, notamment celles intervenant dans les quartiers en situation de vulnérabilité.
Au terme des discussions, un constat s’impose : le principal défi réside dans la capacité à traduire la connaissance en action. Les participants ont ainsi appelé à renforcer les partenariats entre centres de recherche et associations, afin de produire une connaissance utile, ancrée dans le réel et capable de contribuer à une société plus juste et plus équitable.
